La future cathédrale «du salut de la nation» est le dernier avatar du retour en force d’une Église orthodoxe qui n’hésite pas à s’ingérer dans la vie publique en affichant des convictions nationalistes exacerbées

12:54 pm Religion and Nationalism

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Le patriarche de l’Église orthodoxe roumaine, Daniel. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Les projets pharaoniques de l’Église orthodoxe à Bucarest, Le Figaro, February 1, 2008

Le projet de construction d’une gigantesque cathédrale, financée pour moitié par l’État, suscite la polémique.

C’est un projet pharaonique, digne de la mégalomanie de Nicolae Ceausescu. Une cathédrale susceptible d’accueillir 6 000 fidèles, complétée par une bibliothèque, un hôtel pour les pèlerins et la résidence du chef de l’Église orthodoxe roumaine. Budget présumé : environ un milliard d’euros.

Lancé à la fin des années 1990, ce «nouveau Vatican» a soulevé une polémique qui n’a cessé de s’amplifier. Non parce qu’il transgresse les règles intimistes de l’architecture orthodoxe, mais parce qu’il devrait être financé en grande partie par l’État roumain qui a déjà offert le terrain : onze hectares au cœur de Bucarest, juste derrière le palais cyclopéen de Ceausescu, devenu aujourd’hui le siège du Parlement.

Soutenu par une partie de l’intelligentsia, Remus Cernea, le jeune président de l’Association pour la liberté de conscience, multiplie les démarches juridiques pour bloquer la réalisation de ce vaste complexe en dénonçant une «collusion inacceptable entre la classe politique et l’Église». Traité tantôt de «satanique» tantôt de «communiste», Cernea commente laconiquement qu’il doute «vivre dans un pays membre de l’Union européenne».

La future cathédrale «du salut de la nation» est le dernier avatar du retour en force d’une Église orthodoxe qui n’hésite pas à s’ingérer dans la vie publique en affichant des convictions nationalistes exacerbées. Dix-neuf ans après la chute du communisme, les icônes ont pris massivement la place des portraits de l’ex-Conducator dans les écoles. Diverses pressions administratives y ont rendu l’éducation religieuse implicitement obligatoire.

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